39. En particulier, avoir de bonnes raisons de croire qu’une action n’est pas souhaitable n’est pas suffisant pour influencer l’action.

Ce que je viens d’exposer est très difficile à croire pour toutes les personnes qui croient au pouvoir illimité de la raison. C’est pour elles qu’il serait utile de développer cela davantage. Premièrement, je ne dis pas que la raison n’a aucun pouvoir. L’exemple précédent a précisément démontré l’étendue du pouvoir de la raison sur nos actions. Pour le généraliser: la raison influence nos actions dans la mesure où, par son analyse, elle réussit à influencer notre sentiment quant à la probabilité qu’un événement se produise ou non. Par exemple, si je suis angoissé par mon examen de la semaine prochaine mais qu’en analysant la situation je réalise que la semaine prochaine est la semaine de relâche, il y a de bonnes chances que mon angoisse diminue beaucoup. Bref, la raison a un certain pouvoir.

Cependant, les croyances de notre raison ne réussissent pas toutes à influencer nos émotions. On utilise souvent le nom d’émotions irrationnelles pour désigner les émotions qui ne changent pas malgré que nous ayons de bonnes raisons de les faire changer. Prenons l’exemple de la cigarette. Je suis fasciné par le nombre de fumeurs qui prétendent avoir le goût d’arrêter de fumer. D’un point de vue superficiel, ces fumeurs sont effectivement irrationnels: ils croient que la cigarette cause des maladies pulmonaires mais ils continuent à fumer quand même (et ce sans pour autant vouloir avoir le cancer). Cependant, dès que l’on commence à leur parler un peu, on se rend rapidement compte qu’ils ne croient pas vraiment à ces histoires de maladies pulmonaires. Ils invoquent toujours un obscur grand-oncle qui fumait deux paquets par jour et qui est mort de causes naturelles à 88 ans. Au fond, tout cela témoigne du fait qu’on ne comprend pas grand-chose aux causes des maladies. On se contente d’établir des corrélations: ainsi, la cigarette est corrélée à une plus grande incidence de maladies pulmonaires. Or, il est facile pour un fumeur de penser que ces corrélations ne le concernent pas. De fait, il n’a peut-être pas les prédispositions génétiques pour cela. En conséquence, les fumeurs qui ont de bonnes raisons d’arrêter de fumer ne sont pas irrationnels, au contraire. En réalité, ils ne croient pas que la cigarette cause des maladies pulmonaires. Ils n’ont donc pas de bonnes raisons de penser qu’ils devraient arrêter. Par conséquent, ils continuent à fumer. Pourquoi se priver de 15 moments de plaisir par jour au nom d’une maladie pulmonaire qui pourrait ne jamais arriver? En résumé, comme je l’ai déjà dit (no.12), pour qu’une croyance influence nos émotions, il faut qu’elle soit profondément intégrée.

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